FAQ : maladie hémorroïdaire

 

Laurent SIPROUDHIS

Sommaire

  • Les hémorroïdes augmentent-elles le risque de cancer de l'anus ou de l'intestin ?
  • Les hémorroïdes persistent-elles après chirurgie ?
  • Peut-on éviter la survenue de thromboses hémorroïdaires ?
  • Les douleurs anales importantes sont-elles le plus souvent en rapport avec les hémorroïdes ?
  • Peut-on affirmer une cause hémorroïdaire sur l'aspect d'un saignement anal ?
  • Le régime alimentaire est-il nécessaire au traitement des hémorroïdes ?

Réponses :

Les hémorroïdes augmentent-elles le risque de cancer de l'anus ou de l'intestin ?

En dépit d'une opinion parfois répandue, les hémorroïdes ne se compliquent pas de cancer. Des études analysant systématiquement au microscope les hémorroïdes opérées, montrent que la fréquence de cellules cancéreuses est extrêmement basse au point qu'il n'est pas conseillé au chirurgien de faire réaliser un examen microscopique des hémorroïdes qu'il opère.

Par contre, les signes qui révèlent un cancer de l'anus ou de l'intestin peuvent être tout à fait comparables à ceux des hémorroïdes : tuméfaction anale, saignement … C'est pourquoi, il est souvent conseillé de faire non seulement un bon examen de l'anus mais aussi une exploration (coloscopie) de tout ou partie du gros intestin d'amont (colon).

Les hémorroïdes persistent-elles après chirurgie ?

Le traitement chirurgical est le traitement le plus efficace des hémorroïdes : il est exceptionnel que des personnes soient opérées deux fois dans leur vie d'hémorroïdes : cependant, il existe parfois une confusion sur la nature de la chirurgie effectuée.

L'ablation sous anesthésie locale d'une zone hémorroïdaire externe occupée par un caillot (thrombose hémorroïdaire externe) est considéré par beaucoup de personnes comme un geste chirurgical des hémorroïdes. Il n'a pourtant pas pour but d'enlever les hémorroïdes mais d'effectuer l'ablation du caillot douloureux sous tension : les récidives sont donc possibles après ce traitement limité.

Le traitement chirurgical des hémorroïdes dans sa forme habituelle consiste à enlever les trois groupes hémorroïdaires les plus importants et à lier, à leur sommet, les vaisseaux qui les irriguent (pédicule vasculaire). On parle d'hémorroïdectomie pédiculaire : l'hémorroïdectomie de Milligan Morgan est la méthode la plus souvent utilisée en Europe. Le chirurgien va donc laisser entre les plaies un tissu hémorroïdaire au sein des zones non opérées (ponts). Cela explique pourquoi il persiste souvent un réseau d'hémorroïdes habituellement peu marqué lorsqu'on examine l'anus à distance de la chirurgie. Un petit nombre de sujets opérés des hémorroïdes selon cette technique peuvent voir réapparaître des signes plusieurs années après le geste (en règle générale, moins d'une personne sur cinq). Ces signes peuvent nécessiter la réalisation d'un traitement supplémentaire qui est effectué le plus habituellement en consultation (sclérose, ligature élastique).

Peut-on éviter la survenue de thromboses hémorroïdaires ?

La thrombose hémorroïdaire externe se traduit par une tuméfaction douloureuse siégeant à l'entrée du canal anal. C'est en quelque sorte un " accident " isolé sans lien habituel avec les signes chroniques autres des hémorroïdes. Chez certaines personnes, ces accidents se reproduisent de façon parfois préoccupante à l'occasion de la période des règles, d'un effort physique important (compétition), d'un accouchement, d'un épisode de constipation. On ne connaît pas aujourd'hui de traitement médical ou instrumental ayant fait la preuve de son efficacité pour empêcher la survenue de thromboses hémorroïdaires externes … exceptée la chirurgie classique d'hémorroïdectomie pédiculaire.

Les douleurs anales importantes sont-elles le plus souvent en rapport avec les hémorroïdes ?

En dehors des cas précis de complications (thrombose hémorroïdaire), les hémorroïdes sont rarement responsables de douleurs importantes de l'anus. Elles occasionnent le plus habituellement des sensations de brûlures ou de cuisson majorées par le passage des selles et évoluant sur d'assez courtes périodes. Les douleurs hémorroïdaires sont donc en règle générale modérées dans leur intensité.

Des douleurs anales importantes doivent faire rechercher une autre cause que les hémorroïdes : fissure (déchirure associée à un spasme des muscles de l'anus), abcès (infection sous tension au niveau de l'anus), cancer ou accumulation excessive de matières dans la partie terminale de l'intestin (fécalome).

Peut-on affirmer une cause hémorroïdaire sur l'aspect d'un saignement anal ?

Le saignement provoqué par les hémorroïdes survient le plus souvent au moment de la défécation, il entoure les selles ou survient immédiatement après. Il peut être spectaculaire par sa brutalité de survenue et son volume apparent (tapisse la cuvette des toilettes) : il est habituellement très rouge (un peu à la façon d'un saignement de nez). Il ne persiste pas longtemps mais peut se reproduire à chaque selle. Malheureusement, ces signes sont parfois observés dans d'autres situations que les hémorroïdes : en cas d'inflammation (rectite ou rectocolite) ou de cancer du rectum en particulier …

C'est pourquoi, il est conseillé de faire non seulement un bon examen de l'anus mais aussi une exploration (coloscopie) de tout ou partie du gros intestin d'amont (colon) avant d'affirmer que le saignement est bien en rapport avec les hémorroïdes (on parle de diagnostic d'exclusion parce qu'il nécessite d'avoir recherché et éliminé les autres causes de saignement).

Le régime alimentaire est-il nécessaire au traitement des hémorroïdes ?

Beaucoup de personnes souffrant d'hémorroïdes ont un sentiment de culpabilité vis-à-vis de leur alimentation. Elles demandent souvent quel type de régime entreprendre et quels aliments exclure de leur alimentation.

En dépit des cas particuliers rapportés par les malades ou en dépit des convictions de certains médecins, il n'existe que peu de preuves de la responsabilité d'aliments dans la survenue des crises hémorroïdaires : vins blancs, vins de bourgogne, café, épices en tous genres …

De la même façon, il est souvent conseillé une hygiène propice à la bonne santé des hémorroïdes : exercice physique, boissons abondantes … Ces conseils ne sont pas fondés aujourd'hui sur des niveaux de preuve suffisants pour inciter la personne souffrant d'hémorroïdes à un régime particulier … A une exception près : celui des fibres alimentaires ou de laxatifs non irritants (mucilages) qui diminuent la survenue de saignements.