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Les maladies inflammatoires intestinales touchent souvent des sujets
jeunes en âge de procréer. Parmi toutes les interrogations
que soulèvent ce diagnostic, les questions qui touchent la
grossesse sont souvent au premier plan. Nous allons essayer de répondre
aux inquiétudes de ces patients en nous intéressant
à l'influence de ces maladies dans les quatre phases entourant
la grossesse : la procréation, la grossesse, l'accouchement
et le nouveau-né.
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A) La procréation.
- 1) Chez la femme, la fertilité et la fécondité
des sujets atteints de MICI sont normales (9). Cependant, les femmes
ayant subi une chirurgie dans le cadre du traitement des MICI semblent
présenter une baisse de la fertilité (6).
- 2) Chez l'homme, il ne semble pas que les MICI
modifie la fertilité. Les anomalies rencontrées sont
souvent la conséquence des différentes thérapeutiques.
En effet, la chirurgie ano-rectale parfois nécessaire dans
ces maladies peut être responsable d'impuissance ou d'éjaculation
rétrograde (12). Parmi les médicaments, la sulfasalazine
et non les 5 ASA, provoque des anomalies du sperme chez 80 % des
patients traités mais avec une réversibilité
à l'arrêt (14). L'azathioprine ne modifie pas la qualité
du sperme (3).
B) La grossesse.
Chez les sujets atteints de MICI, la grossesse
soulève deux types de questions.
- 1) Influence de la grossesse sur la maladie.
L'apparition d'une MICI pendant une grossesse
est possible, plus souvent pour les RCH, avec une sévérité
due surtout aux difficultés de diagnostic et au retard de
prise en charge thérapeutique.
En phase de quiescence de la maladie, période conseillée
pour une grossesse, le risque de poussée, autour de 30 %,
et le type de complication sont semblables à la population
générale du même âge (13). Ce risque est
surtout présent au premier trimestre. Les MICI inactives
dans cette période le resteront dans 80 % des cas pendant
la grossesse (17).
La conception en phase d'activité de la maladie ne permet
une amélioration clinique pendant la grossesse que dans 30
% des cas pour la RCH . Pour la maladie de Crohn, l'évolution
dans ce cas, se partage en trois tiers : amélioration, stabilisation
et aggravation.
L'interruption de grossesse ne modifie pas le cours d'une poussée.
L'évolution des MICI lors des grossesses ultérieures
est imprévisible.
- 2) Influence de la maladie sur la grossesse.
- Chez les patientes présentant une MICI,
le pronostic ftal est sensiblement identique à celui
de la population générale (17). Toutefois, le risque
de prématurité et d'hypotrophie ftale est augmenté
en particulier dans la maladie de Crohn (5, 17). Le risque relatif
d'hypotrophie serait plus fréquent en cas d'atteinte iléale
dans la maladie de Crohn (11). Mais le risque global de malformation
ftale n'est pas augmenté (17).
- Les différentes thérapeutiques nécessaires
pour traiter les MICI représentent le principal risque pendant
la grossesse et donc la discussion de l'arrêt ou de la poursuite
des traitements d'entretien est souvent au premier plan.
La sulfasalazine et les 5 ASA sont bien tolérés et
peuvent être utilisés pour maintenir les patientes
en rémission pendant une grossesse (4, 10). Certaines précautions
sont toutefois nécessaires, supplémentation en acide
folique pour utiliser la sulfasalazine et dose maximale de 2g par
jour pour les 5 ASA.
Les corticoïdes peuvent être prescrit pendant la grossesse
malgré un léger risque d'hypotrophie ftal en
utilisant les doses les plus faibles possibles (10).
Les antibiotiques utilisés dans certains cas de maladie de
Crohn sont représentés par le métronidazole
(Flagyl®) qui ne pose pas de problème pendant la grossesse
de préférence en cure de courte durée et le
ciprofloxacine (Cyflox®) qui ne doit pas être prescrit
pendant la grossesse (2).
Pour les traitements immunosuppresseurs, la décision est
plus difficile et ne peut être prise qu'au cas par cas après
discussion et information des patients du fait de l'effet tératogène
des immunosuppresseurs à doses élevées chez
l'animal. En effet, pour l'Imurel et le Purinéthol il faut
mettre en balance le risque important de poussée en cas d'arrêt
du traitement et les effets secondaires des médicaments en
sachant que dans les MICI les taux de malformations ne semblent
pas significativement augmentés (3, 15, 17). Le méthotrexate
impose une contraception et doit être arrêté
au moins 3 mois avant la conception. La ciclosporine ne peut être
utilisée pendant la grossesse que dans les cas indispensables
à la stabilisation de la maladie.
L'infleximab (Rémicade®)
d'utilisation encore récente, semble présenter certains
risques nécessitant par prudence une contraception pendant
le traitement et un arrêt d'un moins 6 mois avant une grossesse
(16).
La chirurgie, responsable de 50 % de mortalité ftale,
est réservée pendant la grossesse aux formes gravissimes
résistantes à tout traitement médical.
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C)
L'accouchement.
Dans la majorité des cas, après une grossesse normale,
l'accouchement est réalisé par voie basse.
Dans la maladie de Crohn, en cas de lésions ano-périnéales
importantes, il faut discuter de l'intérêt de la réalisation
d'une césarienne pour limiter le risque potentiel de complications
provoquées par un accouchement par voie vaginale et une épisiotomie
(1). Cependant les manifestations ano-périnéales inactives
avant la grossesse le demeurent au décours d'un accouchement
par voie vaginale. De même, l'épisiotomie ne semble pas
aggraver les lésions ano-périnéales anciennes
et non actives pendant la grossesse ou augmenter le risque en l'absence
de lésions préexistantes (1, 7).
En cas d'anastomose iléo-anale pour une RCH, la crainte d'une
dégradation du résultat fonctionnel par lésion
sphinctérienne ne semble pas justifier la réalisation
d'une césarienne (8).
L'allaitement contre-indique la plupart des médicaments en
dehors de la sulfasalazine, mais n'a pas d'action sur l'évolutivité
de la maladie inflammatoire.
D) Le nouveau-né.
- Le risque de transmission génétique des MICI est très
faible. En effet les MICI sont des maladies plurifactorielles dans
lesquelles les facteurs génétiques n'interviennent que
sous la forme de gènes de prédisposition à côté
de nombreux facteurs environnementaux. Même si pour les parents
du premier degré, le risque relatif (rapport entre la prévalence
chez les membres de la famille et la prévalence dans la population
générale) de développer la maladie est de 10
pour la maladie de Crohn et de 8 pour la RCH, l'incidence (nombre
de nouveaux cas par an pour 1000 habitants) reste faible à
0,6 pour 1000 dans la maladie de Crohn et à 0,24 pour 1000
dans la RCH.
- Le risque d'insuffisance surrénalienne chez le nouveau né
de femme ayant utilisé des corticoïdes est faible, mais
doit être gardé en mémoire.
CONCLUSION
En conclusion, les progrès dans la connaissance de l'évolution
et des traitements des MICI permet d'envisager sereinement une grossesse.
Il est toutefois souhaitable d'une part de programmer la grossesse
dans une période de rémission de la maladie et d'autre
part d'insister sur la surveillance multidisciplinaire de la mère
et du ftus surtout pendant le troisième trimestre de
la grossesse (obstétricien, gastro-entérologue, médecin
traitant,
).
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BIBLIOGRAPHIE
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Maladies Inflammatoires et Grossesse
|
Dr Jean-Michel SUDUCA
Mis en ligne en Février 2003
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