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Traitement
chirurgical de la rectocolite hémorragique  |
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INTRODUCTION
La rectocolite hémorragique (RCH) est
une maladie inflammatoire chronique de l'intestin, au même
titre que la maladie de Crohn (MC).
La RCH n'atteint que le rectum et le côlon, ce qui la différencie
de la MC dans laquelle l'ensemble du tube digestif (de la bouche
à l'anus) peut être atteint.
La RCH évolue le plus souvent par poussées, et associe
des douleurs abdominales, de la diarrhée, avec émission
de glaires et de sang par l'anus (d'où le nom de la maladie)
et une fatigue importante. Le traitement médical repose
sur les anti-inflammatoires, et notamment les corticoïdes
qui sont le plus souvent efficaces, au moins au début,
pour le traitement des poussées. Avec le temps, certains
patients présentent de symptômes de moins en moins
sensibles au traitement médical (diarrhée, douleurs
abdominales), ou des poussées très fréquentes.
Chez eux va se discuter, du fait de l'inefficacité du traitement
médical, un traitement chirurgical. Celui ci peut aussi
se discuter en cas de dégénérescence cancéreuse
sur le côlon ou le rectum ou de simple dysplasie sur la
muqueuse colorectale (c'est à dire au stade de lésion
précancéreuse), la RCH augmentant en effet le risque
de cancer colorectal du fait de l'inflammation chronique de la
muqueuse colorectale.
Globalement, environ 30 à 40% des patients porteurs de
RCH vont être un jour opéré. L'intervention
de référence est aujourd'hui l'anastomose iléo-anale
qui permet la guérison de la RCH (par ablation de la totalité
de la muqueuse malade) tout en conservant la fonction sphinctérienne.
1) Principes et moyens du traitement chirurgical
Le principe du traitement chirurgical
"idéal" de la RCH est d'enlever l'ensemble de
la muqueuse colorectale malade (ou susceptible de le devenir),
en réalisant une coloproctectomie totale, c'est à
dire l'ablation de la totalité du côlon et du rectum.
Trois interventions sont théoriquement possibles dans la
RCH. Les deux premières répondent à cette
objectif idéal, gràce à une coloproctectomie
totale (ablation complète du côlon et du rectum)
permettant la guérison du patient, suivie soit d'une anastomose
iléo-anale (AIA), soit d'une iléostomie définitive
(ID). La dernière intervention réalise simplement
une colectomie totale, laissant le rectum en place, suivi d'anastomose
iléorectale (AIR).

Figure 1 : Anastomose iléo-anale
et RCH (réservoir grêlique en J abouché sur
l'anus).

Figure 2 : Anastomose iléo-anale
avec anus artificiel temporaire de protection.
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a) L'anastomose
iléo-anale avec réservoir en J
Il s'agit aujourd'hui de l'intervention de référence
dans la RCH. Elle permet d'arriver au double objectif de guérison
de la maladie par ablation de l' ensemble de la muqueuse colorectale
malade, et de conservation de la fonction sphinctérienne
(par abouchement de l'intestin grêle sur l'anus).
L'intervention est habituellement faite en plusieurs temps opératoires.
Au maximum, notamment en urgence, ou chez les patients prenant des
corticoïdes au long cours, chez lesquels la fragilité
des tissus fait craindre des complications postopératoires,
l'intervention est faite en 3 temps: colectomie subtotale avec anus
artificiel temporaire (iléostomie et sigmoïdostomie),
puis 2 mois plus tard ablation secondaire du rectum avec AIA et
maintien de l'iléostomie de protection, puis fermeture de
cette iléostomie 6 semaines plus tard. Dans les cas plus
favorables, en dehors de l'urgence, une intervention en deux, voire
un temps est parfois possible.
Un réservoir iléal ayant la forme d'un J est fait
juste au dessus de l'anus afin de remplacer le réservoir
rectal, et de limiter ainsi les conséquences fonctionelles
de la perte du rectum (augmentation du nombre de selles essentiellement).
La contre indication principale de l'AIA est l'existence d'un mauvais
état sphinctérien.
Cette intervention peut être aujourd'hui réalisée,
dans certains centres, par voie coelioscopique (c'est à dire
sans ouverture de la cavité abdominale), grâce à
une caméra et des instruments introduits par des petits orifices
dans la paroi abdominale. Le bénéfice attendue de
la coelioscopie est alors la diminution des douleurs postopératoires,
une meilleure récupération après l'intervention,
et un respect de la paroi abdominale. Il est aussi possible (mais
ce n'est pas encore démontrée) que la coelioscopie
pourrait diminuer les adhérences postopératoires observées
après intervention réalisée par voie classique
(laparotomie).
Résultats opératoires :
S'il s'agit d'une intervention dont la mortalité est actuellement
proche de zéro dans les centres spécialisées,
le patient avec AIA reste exposé à plusieurs complications
postopératoires (principalement infectieuses, avec fistule
anastomotique) et à long terme (inflammation du réservoir
ou "pochite") qui peuvent grever le résultat fonctionnel
et conduire dans de rares cas (5 à 10% des patients), à
la perte du réservoir et à l'iléostomie définitive
(anus artificiel définitif).
Le sepsis pelvien et la fistule anastomotique (c'est à dire
une mauvaise cicatrisation de l'abouchement du réservoir
de grêle sur l'anus) représentent deux complications
postopératoire redoutables, non pas tant par le risque vital
qui est faible, que par leur répercussion sur le résultat
fonctionnel à distance (avec incontinence et augmentation
du nombre de selles/24h). Leur traitement est surtout préventif
par réalisation d'une iléostomie de protection temporaire
en amont de l'AIA, iléostomie habituellement fermée
6 à 8 semaines après elle. Cette iléostomie
de protection ne réduit pas le taux de fistule postopératoire,
mais en diminue les conséquences.
L'occlusion du grêle sur bride (due aux adhérences
existantes après toute intervention abdominale) est un complication
fréquente après AIA. Elle survient précocémment
chez 15% des patients, nécessitant une réintervention
en urgence dans 1 cas sur 4. Du fait de la fréquence de cette
complication (probablement liée à l'étendue
de la dissection lors de l'AIA), de l'absence de traitement préventif,
et enfin de sa gravité potentielle (nécrose du grêle
et ses conséquences), le patient doit être prévenu
des symptomes d'alarme (principalement les douleurs abdominales,
les vomissements et l'arrêt ou le ralentissement du transit)
et de la nécessité de consulter rapidement un chirurgien
connaissant les antécédents du patient (a qui a été
remis son compte-rendu opératoire).
Résultats
fonctionnels et complications à distance
La fonction intestinale et
anale :
Le patient doit être prévenu qu'après fermeture
de l'iléostomie temporaire, le résultat fonctionnel
(nombre de selles/24 heures, continence diurne et nocturne, impériosité,
etc.) va s'améliorer très progressivement au cours
de la première année postopératoire.
Au début, il n'est pas rare d'observer un nombre de selles
de 8 à 10 selles/24 heures, avec quelques épisodes
de fuites nocturnes, une impériosité, et enfin une
mauvaise discrimination gaz-selles. Ni le patient, ni le médecin
ne doivent s'inquiéter.
Après avoir vérifié par un toucher anal que
l'anastomose n'est pas rétrécie, il est licite : a)
de conseiller au patient un régime sans résidus, en
évitant notamment les légumes verts ou les tomates,
qui accélèrent de manière importante le transit
intestinal; b) de prescrire si besoin un ralentisseur du transit
(lopéramide) et un mucilage (ispaghule) augmentant le volume
du bol fécal ; c) enfin, en cas d'irritation anale, de faire
appliquer localement un mélange de type Biafine + Questran.
Chez certains patients, le lopéramide est sans effet. Seuls
le régime, et la patience, permettront d'obtenir un résultat
fonctionnel "normal", c'est à dire 5-6 selles environ
par 24 heures, sans incontinence, ni impériosité.
Dans 10 à 20% des cas, malgré un résultat opératoire
satisfaisant, le résultat fonctionnel définitif reste
médiocre, soit du fait d'un nombre trop élevé
de selles, soit du fait d'épisodes d'incontinence nocturnes
et diurnes.
Les troubles sexuels :
Ils sont rares après AIA (2 à 3%), et leur traitement
est préventif par une dissection soigneuse du rectum lors
de l'AIA évitant de blesser les plexus nerveux périrectaux.
Le risque, certes faible, d'impuissance ou d'éjaculation
rétrograde chez l'homme souligne le besoin de prévenir
le patient des possibles complications sexuelles (avec éventuellement
chez l'homme jeune la solution de la congélation du sperme
avant l'AIA).
Chez la femme, une diminution importante de la fertilité
est observée après iléo-anale (du fait d'adhérences
postopératoires sur les trompes), justifiant probablement
de proposer dans ce cas, si l'état du rectum le permet, une
conservation de celui-ci, avec la réalisation, au moins pendant
quelques années d'une anastomose iléorectale (voir
plus loin) au lieu de l'iléo-anale.
La "pochite" :
La pochite est caractérisée par une inflammation non
spécifique du réservoir observée chez environ
20% et 48% des patients respectivement à 1 et 10 ans. Avant
traitement, le diagnostic de pochite, suspectée sur la clinique
(douleur hypogastrique, diarrhée, fièvre) doit être
confirmé par une endoscopie du réservoir avec biopsies.
Le traitement médical repose sur le métronidazole,
dont l'efficacité est remarquable en moins de 48 heures.
On peut également proposer d'autres antibiotiques (ciprofloxacine,
Augmentin®
).
L'occlusion du grêle sur bride
:
Son risque de survenue augmente avec le temps. Il est d'environ
14% à 5 ans et de 22% à 10 ans.
La perte du réservoir :
A long terme, le risque d'échec de l'intervention avec perte
du réservoir et iléostomie définitive est d'environ
9 % à 10 ans. Les raisons principales de la perte du réservoir
étaient en premier lieu un sepsis pelvien chronique (avec
ou sans fistule), puis un mauvais résultat fonctionnel avec
incontinence majeure, et enfin plus rarement une pochite réfractaire
ou une MC méconnue.
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2) L'iléostomie définitive :
La coloproctectomie totale avec iléostomie
définitive permet aussi d'obtenir la guérison de
la maladie, mais au prix très lourd du sacrifice définitif
de la fonction sphinctérienne, avec réalisation
d'un anus artificiel définitif (iléostomie). Même
si elle guérit définitivement le patient, il est
actuellement bien démontré qu'à long terme,
environ 25% d'entre eux supportent mal sur un plan social leur
iléostomie. De plus, les problèmes spécifiques
de celles-ci (irritation cutanée, éventration autour
de la stomie, etc.) qui concernent environ 30% des patients, altérent
encore la qualité de vie. L'arrivée de l'anastomose
iléo-anale a quasiment fait disparaître cette intervention
qui reste en 2004 indiquée uniquement en cas d'échec
ou d'impossibilité de réalisation d'une iléo-anale
(cancer du très bas rectum, incontinence sphcintérienne
chez le sujet âgé, etc.).
Un traitement chirurgical de
la fistule est nécessaire pour éviter la récidive.
Si l'on veut guérir définitivement
cet abcès il faut opérer et enlever la glande sous
jacente et sa "racine" qui communique avec l'intérieur
de l'anus. Cette "racine" qui relie l'abcès à
l'intérieur de l'anus est aussi appelée fistule.
3) La colectomie totale avec anastomose iléorectale
En théorie, il s'agit d'une intervention "absurde"
dans la RCH. En effet, le rectum étant par définition
malade, réaliser une intervention qui le conserve expose
au mieux à un risque de poursuite évolutive de la
maladie sur ce rectum, et au pire à la dégénérescence
cancéreuse du rectum restant.
En fait, tout n'est pas si simple, et l'AIR garde probablement,
à coté de l'AIA, une petite place dans le traitement
chirurgical de la RCH (environ 10 à 15% des patients opérés).
En effet, Il s'agit d'une intervention beaucoup plus simple techniquement,
ne nécessitant pas d'iléostomie temporaire de protection.
On gagne ainsi un, voire deux temps opératoires. Ceci peut
rentrer en ligne de compte chez les sujets agés, ou à
haut risque chirurgical. De plus, la conservation du rectum, si
elle est possible, c'est à dire en fait si le rectum est
"endoscopiquement correct" (cicatriciel, sans microrectie,
c'est à dire sans rétrécissement du calibre
du rectum), et si l'appareil shinctérien est satisfaisant,
permet d'obtenir un résultat fonctionnel meilleur que celui
de l'AIA.
Après AIR, si environ 50% des patients ont un résultat
fonctionnel satisfaisant (moins de 4 selles par jour), environ
25% conservent une rectite chronique nécessitant un traitement
local permanent, et 25% ont des poussées aiguës récidivantes.
Ches ces derniers, le résultat fonctionnel est souvent
médiocre, faisant discuter à plus ou moins long
terme une proctectomie secondaire (avec AIA). Le risque de cancer
rectal impose une surveillance endoscopique avec biopsies à
vie. Ce risque, qui augmente avec le temps, est évaluée
à 8%, 20 ans aprés l'AIR. Au total, le développement
progressif d'un microrectum, l'existence d'une rectite invalidante,
ou la crainte d'une dégénerescence amènent
environ 20 à 50% des patients à subir une proctectomie
secondaire 10 ans après l'AIR.
Au total, l''anastomose iléorectale se discute essentiellement
aujourd'hui en cas de rectum peu malade, chez des patients ayant
une maladie évoluant depuis peu de temps, ou enfin chez
les femmes jeunes désireuses de grossesse, du fait de la
diminution importante de la fertilité observé après
anastomose iléo-anale.
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CONCLUSION
Le traitement chirurgical de la RCH repose sur l'anastomose iléo-anale.
Ils 'agit d'une intervention relativement lourde (plusieurs temps
opératoires, anus artificiel temporaire, risque d'infection
postopératoire, etc.), mais qui permet d'obtenir le double
objectif de guérison de la maladie (par ablation de la
totalité de la muqueuse potentiellement malade, et de conservation
de la fonction sphinctérienne (par anastomose d'un réservoir
de grêle avec l'anus).
Cette intervention permet d'obtenir un résultat fonctionnel
satisfaisant, compatible avec une vie quasi-normale, chez plus
de 80% des patients.
L'anastomose iléo-anale est proposée chez 30 à
40% des patients avec RCH ayant une maladie ne répondant
pas ou plus ou traitement médical (essentiellement corticoïdes),
ou ayant une dégénérescence cancéreuse
sur le côlon ou le rectum.
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Voir
FAQ Traitement chirurgical de la rectocolite hémorragique
|
Pr. Yves PANIS
Mis en ligne en août 2004
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