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La
fistule recto-vaginale  |
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DEFINITION
C'est une communication anormale entre le rectum
et le vagin à travers la cloison recto-vaginale.
CLASSIFICATION
On peut classer les fistules recto-vaginales de
différentes façons en fonction de leur localisation,
de la taille de l'étiologie d'où va découler
la plus ou moins grande complexité du traitement. Il ne
sera pas question ici de fistule recto-vaginale congénitale.
1- La localisation :
- les fistules recto-vaginales hautes,
où la communication se fait à la partie haute de
l'ampoule rectale et le tiers supérieur du vagin.
- les fistules recto-vaginales basses dont la communication se
fait entre la partie basse du rectum et le tiers inférieur
du vagin et entre les deux, les fistules recto-vaginales moyennes.
On distingue des fistules
de petite taille, c'est-à-dire inférieure à
0,5 cm, moyenne, entre 0,5 et 2,5 cm et de grande taille supérieure
à 2,5 cm de diamètre.
Il existe de nombreux facteurs
responsables de fistules recto-vaginales :
- Obstétrical : les fistules
recto-vaginales ne se voient que dans 0,12% des 20 500 accouchements
dans la série de VENKATESH.
- Inflammatoire : essentiellement dans la maladie de Crohn
où elles sont présentes dans 6 à 23% des
cas ; elles peuvent se voir également dans la recto-colite
ulcéro-hémorragique.
- Infectieux : plus rare car l'origine cryptique des abcès
donne plutôt une fistule
ano-vulvaire.
- Tumoral : tumeur maligne de l'utérus, du vagin,
du rectum ou de l'anus.
- Radique : 0,4% des irradiations pelviennes.
- Traumatique : avec des causes multiples : empalement,
viol, canule de lavement, fécalome, objet ou manuvres
érotiques
- Iatrogène : soit médicamenteux par utilisation
de suppositoire contenant de l'ergotamine, de l'eucalyptine, du
paracétamol et du dextropropoxyphène soit chirurgical
:
hémorroïdectomie,
anopexie de Longo, cure de rectocèle, anastomose iléo-anale
(de 2 à 6% des cas) ou colo-rectale basse (inférieure
à 5% des cas), pelvectomie postérieure (7.7%),
résection transanale de petits cancers du rectum (4%).
La fréquence
de ces étiologies varie considérablement d'une
série à une autre en fonction de l'orientation du
service d'où elle provient (chirurgie, gynécologie
obstétrique, proctologie, gastro-entérologie).
A - L'ASPECT CLINIQUE
- Le signe le plus constant et le
plus évocateur est la perception du passage de gaz et parfois
de selles liquides par le vagin. Peuvent s'y associer ou exister
indépendamment des écoulements plus ou moins purulents
par le vagin, des infections vaginales et/ou urinaires récidivantes.
L'examen clinique comporte un interrogatoire portant en particulier
sur les antécédents obstétricaux et la continence
(score). On inspectera avec soin l'anus, le vagin, le périnée
et on pratiquera toucher rectal et vaginal pour apprécier
l'état de la cloison recto-vaginale, repérer les
orifices de communication et une éventuelle masse intra-rectale.
En fonction de l'étiologie, des signes gastro-intestinaux
généraux plus ou moins intenses peuvent être
associés, en particulier une pseudo-incontinence, le passage
des selles par le vagin étant parfois perçu comme
une incontinence.
- Un bilan complémentaire doit comporter une échographie
endo-anale pour dépister une éventuelle rupture
sphinctérienne, apprécier les trajets, les logettes
purulentes et les lésions périnéales associées.
- Les autres examens (I.R.M., opacification rectale, coloscopie,
biopsie) sont faits à la demande.
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On peut ainsi distinguer des fistules simples, basses non
inflammatoires comportant peu ou pas de rupture sphinctérienne
et de petit diamètre ; les fistules complexes hautes, d'origine
tumorale ou s'accompagnant de rectite radique ou inflammatoire et
de grande taille.
Diagnostic différentiel :
Dans les fistules hautes, il faudra éliminer une fistule
entre grêle et vagin (surtout dans le cadre de la maladie
de Crohn) ou une fistule colo-vaginale (diverticule, cancer) ; dans
les fistules basses, les fistules ano-vulvaires d'origine crypto-glandulaire
dont le trajet intéresse toute la musculature et dont le
traitement peut être différent.
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B - TRAITEMENT
De nombreux traitements ont été
proposés dans les fistules recto-vaginales et sur le plan
chirurgical il faut savoir ne pas se presser en particulier dans
le cas de la maladie de Crohn où il faut intervenir en
phase quiescente, dans certaines fistules radiques pour s'assurer
de l'absence de reprise du processus néoplasique ou encore
dans certaines fistules d'origine obstétricale qui peuvent
s'arranger spontanément.
1. Le traitement médical
Il est utilisé essentiellement
dans le cas de la maladie de Crohn.
- Les traitements classiques (5ASA, corticoïdes, immuno-suppresseurs)
n'ont que peu d'intérêt ; seul l'Infliximab dans
de petites séries a donné des résultats encourageants
à la dose de 5 mg/kilo en perfusion à répéter
toutes les 8 semaines. On peut l'associer à un drainage
par séton.
Il faut savoir également que les deux tiers des fistules
recto-vaginales d'origine crohniennes sont relativement bien tolérées
car peu productives, sans retentissement sur la continence et
qu'un traitement médical général et local
est parfois suffisant pour avoir une qualité de vie correcte.
- La colle biologique : après curetage et drainage de la
fistule, on injecte par un des orifices une colle biologique autologue
ou commerciale. Les séries actuellement publiées
comportent un très petit nombre de cas, un suivi court
et un succès variable de 30 à 75 %.
2. Le traitement chirurgical
Les techniques sont multiples :
- Les techniques par voie haute
s'adressent à certaines fistules complexes haut situées
d'origine tumorale ou radique et peuvent comporter une résection
antérieure du rectum ou une amputation abdomino-périnéale
; plus rarement, on proposera une exérèse-suture
de la fistule avec interposition d'epiploon ou de droit interne
sous couvert ou non de colostomie.
- Les techniques par voies basses
: deux sont utilisées de façon courante : la technique
de Musset et le lambeau d'avancement.
- La technique de Musset
est habituellement réalisée en 2 temps séparés
de 6 à 12 semaines. Le premier temps est une périnéotomie
médiane, ce qui permet une mise à plat du trajet
fistuleux. Le deuxième temps est réalisé
sur un périnée cicatrisé, propre. Il comporte
une réfection du canal anal, une réparation sphinctérienne
associée à une myorraphie antérieure des
releveurs et une reconstitution vulvo-vaginale.
Cette technique donne d'excellents résultats (de 80 à
100 % !) et semble indiquée lorsqu'il existe des lésions
sphinctériennes associées à la fistule. Peuvent
exister dans les suites des troubles de la continence dans 5 à
10 % des cas.
- Le lambeau d'avancement : un
lambeau muqueux ou muco-musculaire rectal en forme de U est disséqué
; son extrémité distale comportant l'orifice fistuleux
est réséquée, le trajet fistuleux est excisé
et la musculeuse rectale est suturée. Le lambeau est alors
rabattu et suturé ; le côté vaginal est laissé
ouvert pour le drainage. Le taux de réussite va de 63 à
100 % et il est en grande partie fonction de l'étiologie
(la maladie de Crohn donne un fort pourcentage d'échec).
- Les autres techniques
: la fistulotomie simple est parfois efficace sans trouble de
la continence ; l'excision-suture de la fistule, les sutures décalées
des parois rectales et vaginales, les techniques d'excision avec
interposition de tissus sains (droit interne, releveur, bulbo-caverneux
: lambeau de Martius) peuvent donner de bons résultats.
Le drainage par seton prolongé est surtout utilisé
dans la maladie de Crohn.
Le recours à la proctectomie est un geste de dernier recours
dans certaines formes graves de maladie de Crohn.
Les indications dépendent
pour la plus grande part de l'étiologie des fistules recto-vaginales
et de l'état anatomique de l'appareil sphinctérien.
On peut utiliser la technique de Musset dans les fistules recto-vaginales
basses avec lésions musculaires ; le lambeau d'avancement
nécessite une muqueuse rectale de bonne qualité
ce qui exclut les atteintes rectales de la maladie de Crohn et
la plupart des rectites radiques.
CONCLUSION
Les fistules recto-vaginales sont fréquentes, d'étiologies
très variées, leur traitement parfois difficile
dépend de multiples facteurs qu'il faudra apprécier
avant toute démarche thérapeutique.
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Pour en savoir plus :
- LEHUR P. A et al. Définition, classification et bilan
des fistules recto-vaginales.
Hépato-Gastro 2000 ; 7 : 128-130.
- LAZORTHES F et al. Traitement chirurgical des fistules recto-vaginales
: la technique du lambeau muqueux rectal. Hépato-Gastro
2000 ; 7 : 133-134.
- YEE L. F et al. Use of endoanal ultrasound in patients with
rectovaginal fistulas.
Dis Colon Rectum 1999 ; 42 : 1057-1064.
- VENKATESH KS et al. Anorectal complications of vaginal delivery.
Dis Colon Rectum 1989 ; 32 : 1039-1041.
- MUSSET R. Mon expérience du traitement des fistules recto-vaginales
des deux-tiers inférieurs du vagin ni radiques ni néoplasiques.
Ann Gastroenterol Hepatol 1979 ; 15 : 427-436.
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Voir
FAQ Fistule recto-vaginale
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Pr. Jean DENIS
Mis en ligne en février 2007
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