PRESENTATION |
ESPACE
PATIENT |
|
|
LES
ARCHIVES |
|
L'INCONTINENCE
FECALE POST-OBSTETRICALE  |
|
| |
Jadis ignorée, ou tout au
moins négligée par les soignants et inavouée
par les patientes, l'incontinence fécale post obstétricale
est aujourd'hui un sujet de préoccupation pour les futures
mamans et leurs obstétriciens. L'évolution de nos connaissances
depuis une dizaine d'années a modifié nos pratiques.
Ce sujet - encore trop souvent tabou pour ces jeunes mamans - se doit
d'être clairement abordé en pré et post-partum.
|
| |
QUELLE
EN EST LA FREQUENCE ?
La fréquence de l'incontinence anale après un premier
accouchement est de 13%. Elle ne concerne le plus souvent que les
gaz même si 1 à 2% des primipares (patientes n'ayant
accouché qu'une seule fois) n'arrivent pas à retenir
les selles liquides. Ce chiffre peut sembler faible mais
rapporté
aux 700.000 accouchements par voie vaginale réalisés
en France chaque année, cela fait entre 7 et 14.000 jeunes
femmes souffrant d'une incontinence anale aux selles liquides.
L'étude princeps réalisée à Londres
en 1993 avait fortement incriminé le premier accouchement
comme étant le plus traumatisant pour le périnée.
Nous savons maintenant que le deuxième l'est également
mais qu'en revanche, il ne semble pas y avoir d'augmentation du
risque d'incontinence anale après les autres accouchements.
L'incontinence anale post-obstétricale évolue au cours
du temps. Il semble en effet que cette incontinence diminue en fréquence
et en intensité au cours des mois qui suivent l'accouchement.
Ainsi, une étude rapporte qu'après une déchirure
périnéale importante, 21% des femmes souffraient d'une
incontinence anale à un mois, ce chiffre tombant à
7% au bout d'un an. En revanche, il est probable que les accouchements
traumatiques successifs provoquent des lésions irréversibles
responsables d'une incontinence anale chez la femme d'âge
mûr. Ainsi, 20 ans après un accouchement, le taux d'incontinence
passe de 3% en cas d'accouchement non compliqué à
29% en cas de déchirure périnéale.
|
| |
remonter
:  |
| |
EN CONNAÎT-ON LES MECANISMES
?
Les mécanismes de l'incontinence anale
post obstétricale sont multiples mais deux d'entre eux
prédominent :
Lésions neurologiques
Les efforts de poussée lors de l'accouchement peuvent étirer
le nerf honteux interne. Celui-ci - une fois étiré
- entraîne une baisse du tonus du sphincter anal. Ces lésions
du nerf honteux interne semblent souvent régresser après
le premier accouchement. Cependant, les accouchements successifs
provoquent parfois des dommages irréversibles responsables
d'une baisse de la contraction sphinctérienne.
Lésions musculaires
Nous savions depuis longtemps que les déchirures
périnéales importantes après un accouchement
pouvaient - malgré la réparation effectuée
par l'obstétricien en salle de travail - engendrer une
incontinence anale. Depuis 10 ans, nous savons également
que - même sans déchirure apparente du périnée
- on retrouve fréquemment des déchirures du sphincter
anal après l'accouchement. Cette déchirure musculaire
est probablement la première cause d'incontinence du post-partum.
Cependant, seulement 25 à 50% de ces déchirures
du sphincter anal sont associées à une incontinence
anale juste après l'accouchement. Ces patientes ont malheureusement
fragilisé leur périnée et sont plus à
risque de développer ultérieurement une incontinence
anale.
QUELS SONT LES FACTEURS DE RISQUE ?
Facteurs de risque de
lésion du nerf honteux interne
Le principal facteur de risque est l'utilisation de forceps.
Le premier accouchement, les gros bébés (> 4
kg) et la durée d'expulsion prolongée (> 30 min)
sont également des facteurs favorisants.
Facteurs de risque des lésions
du sphincter de l'anus
Là aussi, les forceps représentent le principal
facteur de risque de rupture du sphincter anal. Les déchirures
périnéales importantes, les deux premiers accouchements
et la durée d'expulsion supérieure à 1 heure
sont également des facteurs de risque. Le rôle de
l'épisiotomie est controversé.
Facteurs de risque d'incontinence anale
du post-partum
-
Utilisation des forceps
-
Déchirure du périnée
-
Les 2 premiers accouchements
-
Une épisiotomie trop médiane
-
Durée d'expulsion ou de
travail prolongée
-
Gros bébés
-
Une incontinence anale transitoire
dans le post-partum est un facteur prédictif de récidive
après l'accouchement suivant.
|
| |
remonter :  |
| |
QUAND ET COMMENT EXPLORER UNE INCONTINENCE
ANALE DU POST PARTUM ?
L'incontinence anale du post-partum
régresse le plus souvent dans les mois suivant l'accouchement.
Cette amélioration s'effectue soit spontanément
soit aidée par les 10 séances de rééducation
prescrites par l'obstétricien. C'est pour cette raison
qu'il est classique d'attendre 6 mois après l'accouchement
avant d'entreprendre des explorations.
Les explorations vont dépendre de l'importance de
la gêne. En cas de symptômes mineurs à modérés
(incontinence aux gaz ou aux selles liquides), on proposera une
étude du fonctionnement du sphincter anal par un examen
indolore dénommé manométrie ano-rectale.
Cela nous permettra de quantifier l'évolution ultérieure
après un traitement médical. En cas de symptômes
sévères avec un retentissement sur la vie sociale,
on réalisera un bilan potentiellement pré-chirurgical.
Il associera une manométrie ano-rectale et une échographie
endo-anale. Ce deuxième examen, lui aussi indolore, recherchera
une rupture du sphincter anal et appréciera alors les possibilités
de réparation chirurgicale. L'étude des lésions
du nerf honteux interne (explorations électrophysiologiques)
n'a que peu d'intérêt.
COMMENT TRAITER ?
Le traitement repose sur la rééducation
périnéale du post-partum. Cependant, celle-ci est
rarement mise en pratique et les modalités de cette rééducation
ne sont ni standardisées ni validées. C'est pourquoi,
en cas d'incontinence anale, il est plus adapté de prescrire
une rééducation spécifique de l'anus que
réalisera un personnel (médecin, infirmier ou kinésithérapeute)
motivé et spécialement formé à ce
type de traitement. Cette rééducation sera associée
à une régularisation du transit.
Exceptionnellement, en cas d'incontinence anale majeure, résistant
au traitement médical, on pourra proposer un traitement
chirurgical dont le but sera de réparer le sphincter anal
lésé par l'accouchement.
PEUT-ON LA PREVENIR ?
La principale question qui découle de ces
connaissances est de savoir s'il est possible de diminuer la fréquence
de l'incontinence anale post obstétricale. Aucune étude
ne vient jusqu'ici répondre à cette question. Cependant,
certaines femmes sont à risque d'incontinence anale après
un accouchement par voie vaginale (tableau I). Il est donc primordial
d'avoir une discussion au cas par cas avec la parturiente, l'obstétricien
et le proctologue pour déterminer l'indication d'une césarienne
programmée pour "raison proctologique".
|
Tableau I :
Parturientes chez qui un accouchement par
césarienne doit être discuté pour des
raisons proctologiques :
|
- Antécédent de chirurgie
colo-proctologique pour incontinence anale, malformation
congénitale, fistulotomie
- Antécédent de lésion
ano-périnéale sévère de maladie
de Crohn
- Incontinence anale avérée
- Antécédent de pathologie
neurologique touchant le périnée
- Secondipare (2ème accouchement)
avec :
- premier accouchement traumatique
- déficit significatif à
la manométrie ou à l'échographie
endo-anale
- association de 2 indications relatives
obstétricales et proctologiques
- demande de la parturiente après
information des risques d'une accouchement par voie
basse
|
|
| |
remonter :  |
| |
|
| |
Pour en savoir plus :
- Abramovitz
L, Sobhani I. Complications anales de la grossesse et de l'accouchement.
Gastroenterol Clin Biol 2003;27:277-83
- Sultan
AH, Kamm MA, Hudson CN, Thomas JM, Bartram CI. Anal-sphincter
disruption during vaginal delivrery. N Engl J Med 1993;329:1905-11
- Siproudhis L. Traumatismes proctologiques
induits par l'accouchement. La lettre de l'hépato-gastroentérologue
2000;2(3) :3-14
|
| |
|
Voir
les FAQ Incontinence fécale post-obstétricale
|
Dr. Franck DEVULDER
Mis en ligne en août 2003
|
|
|