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LES
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TRAITEMENT
DES LESIONS ANO-PERINEALES DE LA MALADIE DE   CROHN  |
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INTRODUCTION
Au cours de l'évolution de la maladie
de Crohn, environ 1 malade sur 2 présentera des lésions
ano-périnéales (LAP). Il peut s'agir de lésions
non spécifiques de la maladie, secondaires aux troubles du
transit ou d'une atteinte directe de la région ano-périnéale
par la maladie chronique inflammatoire intestinale. Bien souvent
différents types de lésions (ulcérations, fistules,
sténoses
) sont associées.
A l'exception des récents travaux concernant l'infliximab,
peu d'essais thérapeutiques de bonne qualité concernent
les LAP de la maladie de Crohn ce qui explique en partie que la
prise en charge de ces lésions soit loin d'être complètement
codifiée.
LESIONS NON SPECIFIQUES
La diarrhée peut entraîner une irritation de la
peau péri-anale. Outre les traitements visant à
améliorer le nombre et la qualité des selles (traitement
spécifique de la maladie, ralentisseurs du transit
),
des soins locaux peuvent être proposés. Il faut maintenir
la région anale propre en utilisant des produits doux (pains
dermatologiques ou gels nettoyants sans savon, lingettes, coton
et lait pour bébé etc
), une hygiène excessive
avec des produits abrasifs peut être en elle même délétère.
Lorsqu'il existe des érosions cutanées suintantes
des antiseptiques locaux peuvent être appliqués. La
peau peut être recouverte de crème ou pommade protectrice
neutre (pâte à l'eau, pommade à l'oxyde de zinc,
à l'huile de foie de poisson, à la trolamine
).
Lorsque les selles sont riches en sels biliaires (résection
ou atteinte des dernières anses iléales) une préparation
magistrale à base de colestyramine peut soulager.
Une carence en zinc peut entraîner une éruption cutanée
s'accompagnant de démangeaisons au niveau du périnée
et des extrémités, le traitement est celui de la carence.
Une fissure anale banale, non spécifique de la maladie
peut s'observer. En l'absence de gène, aucun traitement n'est
nécessaire. Le traitement médical de la maladie de
Crohn luminale s'accompagne d'une cicatrisation de cette fissure
dans 69% des cas. Si cette fissure est douloureuse un traitement
médical prolongé associant pommade, suppositoires
et régularisation du transit est prescrit. En cas d'échec,
et si la maladie de Crohn est par ailleurs quiescente, on peut de
façon tout à fait exceptionnelle être amené
à discuter la chirurgie. Dans ce cas il paraît prudent
et préférable de ne pas effectuer de sphinctérotomie
interne (le traitement classiquement recommandé pour la fissure
anale chronique). En effet ce geste, consistant à sectionner
une partie du sphincter anal interne, peut se compliquer de troubles
de la continence et on sait qu'à long terme les malades atteints
de maladie de Crohn peuvent avoir un risque accru de devenir incontinents.
Certains proposent donc plutôt de réaliser l'exérèse
simple de la fissure (fissurectomie avec ou sans anoplastie muqueuse)
mais ceci n'est pas universellement admis car la fissurectomie expose
à un risque accru de retard de cicatrisation voire de suppuration.
La maladie hémorroïdaire peut être associée
à la maladie de Crohn. Dans ce cas, le traitement chirurgical
est vivement déconseillé en raison du risque élevé
de complications (retard de cicatrisation, troubles de la continence,
suppuration
). Le traitement instrumental (scléroses,
ligatures élastiques) est possible en cas de nécessité
mais il doit toujours être réalisé à
distance d'une poussée de la maladie, sous couvert d'un traitement
antibiotique préventif d'une éventuelle infection
secondaire.
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LESIONS SPECIFIQUES
Fissures et Ulcérations
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Figure 1
: Maladie de Crohn, ulcérations anales. |
L'évolution des fissures et ulcérations
anales au cours de la maladie de Crohn est bien souvent parallèle
à celle de la maladie luminale : le traitement global de
la maladie a souvent un effet favorable sur ce type de lésions
ano-périnéales.
Ainsi les corticoïdes prescrits pour la poussée intestinale
permettraient la cicatrisation de la fissure dans 69% des cas. Des
applications locales de pommades à la cortisone sont parfois
prescrites, certains auteurs ont en outre proposé des injections
locales de corticoïdes à but antalgique mais ce type
de traitement expose à un risque accru d'abcès anal.
Le metronidazole par voie orale (1,5 g/jour) a un effet jugé
bon dans ce type de lésions dans 70% des cas environ, cependant
la tolérance de ce médicament à long terme
est souvent mauvaise. Une alternative pourrait être l'utilisation
de crème au métronidazole, ce type de préparation
n'est pas commercialisée en France sauf sous forme de préparation
magistrale, cependant des ovules gynécologiques sont parfois
administrées au niveau anal comme un suppositoire.
L'azathioprine n'a pas été spécifiquement étudié
dans le traitement des ulcérations et fissures de la maladie
de Crohn, néanmoins, dans un travail récent chez l'adulte
où la réponse des LAP à l'azathioprine était
estimée à 29%, il a été noté
que ce traitement était plus efficace chez les malades ayant
une LAP autre qu'une fistule anale.
L'infliximab (Rémicade ®) est parfois utilisé
lorsqu'il existe des ulcérations ano-rectales très
creusantes (ulcères térébrants). Dans un essai
thérapeutique chez 29 malades 79% répondaient au traitement
au bout de 2 mois, mais 64% rechutaient après 1 an lorsque
le traitement était interrompu.
Pseudo marisques inflammatoires
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Figure
2 : Maladie de Crohn, pseudo marisques ulcérées. |
Il faut le plus possible s'abstenir
d'intervenir chirurgicalement à moins qu'elles ne soient
extrêmement volumineuses et invalidantes. En effet l'exérèse
de ces marisques peut aggraver les lésions ano-périnales
de maladie de Crohn (suppuration, rétrécissement,
retard de cicatrisation
).
TRAITEMENT DES SUPPURATIONS
Sur le plan thérapeutique, les complications
suppuratives représentent 85% de la prise en charge chirurgicale
des lésions anopérinéales de la maladie de
Crohn. Contrairement aux ulcérations et fissures, l'évolution
des suppurations est indépendante de la maladie luminale.
L'abcès correspond le plus souvent à un épisode
aigu de rétention purulente sur une fistule périnéale.
Sur le plan thérapeutique, les complications suppuratives
représentent 85% de la prise en charge chirurgicale des lésions
anopérinéales de la maladie de Crohn. Contrairement
aux ulcérations et fissures, l'évolution des suppurations
est indépendante de la maladie luminale. L'abcès correspond
le plus souvent à un épisode aigu de rétention
purulente sur une fistule périnéale.
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Figure
3 : Maladie de Crohn, abcès anal. |
En phase d'abcès (fig 3),
le traitement est le drainage de l'abcès en urgence qui permet
en évacuant le pus collecté de supprimer les douleurs.
Ce geste peut être guidé par la réalisation
d'une IRM ou d'une échographie endo-anale. Il est le plus
souvent associé à la mise en place d'un séton
(un drain souple lâche souvent élastique) dans le trajet
fistuleux à l'origine de l'abcès (fig 4) limitant
le risque de récidive rapide. Ce geste simple n'est en rien
mutilant et préserve la continence. Ce drain est laissé
en place pendant une durée plus ou moins longue (de quelques
semaines à plusieurs mois) selon l'activité de la
maladie, la sévérité des lésions et
le traitement médicamenteux général de la maladie
de Crohn. La récidive de l'abcès est fréquent
à l'ablation du drainage (70% à 3 ans), c'est pourquoi
un traitement de fond pour la fistule est souvent mis en place parallèlement
à la période de drainage (immunosuppresseurs, infliximab
).
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Figure
4 : Maladie de Crohn fistule anale. |
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Figure
5 : Drainage d'une fistule ano-vulvaire par un séton
lâche. |
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LE TRAITEMENT DES FISTULES
Les traitements des fistules périnéales
au cours de la maladie de Crohn sont multiples, médicamenteux
ou chirurgicaux. Aucun n'est parfaitement efficace, il existe toujours
un risque de récidive de la maladie. Aussi est il capital
de préserver au maximum la fonction de l'anus en évitant
les chirurgies mutilantes répétées faisant
courir un risque accru d'incontinence et de stomie (anus artificiel)
définitive.
Lorsque la fistule est simple (c'est à dire lésion
isolée à trajet superficiel et non ramifié)
et asymptomatique aucun traitement n'est nécessaire.
En cas de fistule complexe la mise en route d'un traitement immunosuppresseur
est le plus souvent justifiée. En effet la survenue d'une
fistule anale au cours de la maladie de Crohn est un élément
évolutif péjoratif. Les antibiotiques (métronidazole
et ciprofloxacine) n'ont de façon temporaire, qu'un effet
suspensif sur les symptômes et leur utilisation prolongée
peut être à l'origine d'effets secondaires (neuropathie
périphérique, ruptures tendineuses). L'azathioprine
et son dérivé la 6 mercaptopurine sont les plus utilisés,
une étude ayant en effet conclu que 54% des fistules anales
se ferment sous ce type de traitement versus 21% en l'absence de
traitement. Le principal inconvénient de ce type de médicament
est de ne pas avoir un effet immédiat : ce n'est qu'après
3 mois en moyenne qu'une certaine efficacité se manifeste.
Le méthotrexate, un autre immunosuppresseur utilisé
au cours de la maladie de Crohn est parfois employé dans
ce type d'indication bien que d'utilisation moins courante. L'utilisation
de tacrolimus (en pommade ou par voie générale) ou
de ciclosporine est bien plus anecdotique surtout depuis l'avènement
des traitements de type biothérapie (infliximab).
L'infliximab agit en inhibant une protéine produite en excès
au cours de la maladie, le TNF alpha. C'est un anticorps monoclonal,
c'est-à-dire une molécule produite par des cellules
pour neutraliser de façon spécifique le TNF alpha.
Il est dit " chimérique " car fabriqué à
partir de cellules humaines (75%) et de souris (25%). Utilisé
en perfusion (3 perfusions initiales à J0, J15, et S6 puis
si nécessaire en traitement d'entretien tous les 2 mois)
il entraîne la fermeture des fistules chez 1/3 des malades
après 54 semaines de traitement et améliore les symptômes
(écoulements, douleurs) chez 46% des malades. Ce traitement
ne doit être utilisé qu'après drainage des lésions
abcédées. D'autres médicaments, dérivant
aussi de molécules biologiques naturelles, sont parfois proposés
notamment dans le cadre d'essais thérapeutiques (adalimumab,
certolizumab pegol
), ils n'ont pas encore d'autorisation de
mise sur le marché dans l'indication de la maladie de Crohn
fistulisante.
Le traitement chirurgical des fistules anales au cours de la maladie
de Crohn doit toujours s'efforcer de respecter la continence fécale.
En effet une enquête ancienne a montré que sur 500
malades ayant une maladie de Crohn, 3,2% étaient incontinents
et que dans 30% des cas cette incontinence était apparue
après une chirurgie anale. Les traitement visant à
mettre à plat le trajet fistuleux (geste de section : fistulotomie
ou traction élastique) sont dans la grande majorité
des cas à éviter. Les gestes envisageables sont des
geste de réparation : obturation du trajet fistuleux par
une injection de colle ou par lambeau. Tous ces traitements doivent
être réalisés lorsque la fistule est bien drainée
(sans abcès ou infection sous jacents), leur efficacité
est mauvaise lorsqu'il existe une atteinte du rectum associée.
L'injection de colle de fibrine (une colle spéciale préparée
avec de la fibrine d'origine humaine et de la thrombine d'origine
bovine) au niveau du trajet fistuleux est un geste simple sans risque
pour la continence effectué sous anesthésie générale
ou loco-régionale car l'injection doit être précédée
d'un curetage de la fistule. L'efficacité de ce traitement
est limitée, inférieure à 50% mais l'encollage
peut être renouvelé en cas d'échec.
Le lambeau muqueux d'avancement est une méthode consistant
à confectionner avec la paroi rectale une sorte de volet
de muqueuse plus ou moins épais qui est secondairement abaissé
comme un rideau sur l'orifice canalaire de la fistule. L'efficacité
de ce traitement est là encore probablement inférieure
à 60% et il faut parfois plusieurs tentatives pour parvenir
à obturer le trajet fistuleux.
Dans certains cas sévères, retentissant de façon
importante sur la qualité de vie, une stomie temporaire visant
à dériver les matières fécales pour
permettre un assèchement et une cicatrisation des lésions
est proposé.
L'amputation abdomino-périnéale ou ablation de l'anus
et du rectum avec confection d'un anus artificiel définitif
est la chirurgie de dernier recours. Ce traitement, dans des études
datant souvent de quelques années (avant l'apparition des
nouveaux traitements biologiques) pourrait concerner en fin de compte
17% des malades. Il se complique dans 23 à 58% de retard
de cicatrisation du périnée.
TRAITEMENT DES STENOSES
Les sténoses peuvent concerner l'anus
ou le rectum. Elles ne sont pas toujours symptomatiques (car les
selles sont souvent diarrhéiques) et ne doivent être
traitées que lorsqu'elles deviennent gênantes. Le traitement
peut être une simple dilatation au doigt réalisée
au besoin sous anesthésie générale. Parfois
une dilatation instrumentale est nécessaire (bougies, ballonnet).
Une infection, voire un abcès ou une fistule peuvent compliquer
les dilatations. Les sténoses symptomatiques conduisent plus
fréquemment que les autres lésions ano-périnéales
à une amputation abdomino-périnéale du rectum.
CONCLUSION
Le traitement des lésions ano-périnéales au
cours de la maladie de Crohn est à la fois médicamenteux
et chirurgical. Le traitement chirurgical doit toujours être
extrêmement prudent, il est en effet capital de préserver
au maximum la fonction de continence en respectant le sphincter
anal.
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Dr. Agnès SENEJOUX
Mis en ligne en février 2007
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Site du getaid (http://www.getaid.org/index.asp)
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Caprilli R et al. European Crohn's
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2006 Mar;55 Suppl 1:i36-58
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Godeberge P. Traitement des lésions
anopérinéales de la maladie de Crohn. Gastroenterol
Clin Biol 2005; 29: 166-177
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