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PRISE
EN CHARGE DE LA DOULEUR APRES CHIRURGIE  HEMORROIDAIREE  |
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INTRODUCTION
La chirurgie des hémorroïdes a la réputation
d'avoir des suites opératoires très douloureuses.
La Société Française d'Anesthesie-Réanimation
(SFAR) l'a effectivement classée parmi les interventions
les plus douloureuses à partir des mesures de la douleur
post-opératoire (DPO) sur une échelle visuelle
analogue (EVA). La note évaluée par le patient sur
une réglette allant de 0 à 10 est en moyenne supérieure
à 5 dans les 24 premières heures. Cette douleur s'apaise
ensuite pour se raviver lors de la première selle particulièrement
crainte par le patient. C'est pourquoi une réflexion est
régulièrement menée dans l'amélioration
de la prise en charge de la DPO après chirurgie hémorroïdaire.
(http://www.snfge.asso.fr/01-bibliotheque/0b-conferences-flash/2006/173/indexconf.asp).
COMMENT EXPLIQUER
LA DOULEUR APRES CHIRURGIE HEMORROÏDAIRE? UN PEU DE PHYSIO-PATHOLOGIE
:
L'INNERVATION ANALE :
La marge anale, qui comprend le rebord cutané de l'anus puis
les 2 à 4 premiers centimètres du canal anal, est
très riche en récepteurs sensibles au toucher, au
chaud-froid, à la vibration et à la douleur (nocicepteurs)
par piqûre, coupure ou dème. L'influx nerveux
est transmis par les nerfs pudendaux droit et gauche (ex nerfs honteux).
Ces nerfs à fibres sensitives et motrices sont issus des
racines nerveuses de la moelle épinière sacrée,
majoritairement S3 et S4. Ils se terminent en trois branches principales,
rectale, périnéale et dorsale du clitoris ou de la
verge, avec des ramifications à des niveaux et en nombre
variable selon les individus. Les branches rectales et les rameaux
périnéaux profonds assurent l'innervation de la marge
anale, du canal anal et du sphincter externe de l'anus.
A partir de la jonction anorectale et sur le rectum, l'innervation
dépend du système nerveux autonome sympa- et parasympathique.
Les sensations douloureuses proviennent uniquement de la stimulation
des récepteurs à la distension (barorécepteurs)
situés dans la paroi du rectum et le muscle releveur de l'anus.
Ce système règle de façon automatique (inconsciente)
le degré du tonus du sphincter interne de l'anus et le fonctionnement
vésical.
LA DPO, ESCALADE ET CERCLE VICIEUX :
Les hémorroïdes internes siègent sous la muqueuse
du canal anal jusqu'à la jonction ano-rectale. Les hémorroïdes
externes se situent sous la marge anale. Tout geste chirurgical,
portant sur la marge anale ou la partie basse du canal anal, est
douloureux suite au traumatisme tissulaire direct et à l'dème
réactionnel local. Cette douleur déclenche un spasme
musculaire des sphincters anal et parfois vésical avec un
risque de rétention urinaire réflexe. La constitution
d'un globe vésical se signale par des douleurs hypogastriques
parfois difficiles à préciser par le patient en post-opératoire.
Or l'administration d'antalgiques puissants de type morphinique
a pour inconvénient d'aggraver la rétention d'urines
et également de ralentir le transit intestinal avec risque
de constipation. Le bol fécal se durcit parfois jusqu'à
former un fécalome très douloureux à évacuer
et lui-même responsable d'une rétention d'urines réflexe.
Ainsi, l'objectif de la prise en charge de la DPO n'est pas seulement
d'en diminuer l'intensité mais d'empêcher l'apparition
de ce cercle vicieux en particulier grâce au blocage anesthésique
des nerfs à destination ano-rectale.
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TOUTES LES TECHNIQUES CHIRURGICALES SONT-ELLES
AUSSI DOULOUREUSES ?
Le traitement chirurgical de la maladie
hémorroïdaire repose sur deux principes différents
:
L'hémorroïdectomie ou l'hémorroïdopexie.
L'hémorroïdectomie est l'intervention traditionnelle
et de référence. Elle consiste à retirer les
paquets hémorroïdaires prolabés pathologiques,
externes et internes. L'excision commence sur la marge anale et
remonte jusqu'au bord supérieur du canal anal où sont
liés les pédicules vasculaires. Les plaies, le plus
souvent au nombre de trois, sont situées sur la zone la plus
sensible. La douleur est en rapport avec le nombre de paquets excisés,
soit modérée pour une ou deux plaies à forte
pour trois ou quatre plaies. De nouveaux instruments (très
onéreux) de section-coagulation par ultra-sons (harmonic-scalpel®)
ou par diathermie bipolaire (ligasure®) permettent de limiter
la diffusion thermique et l'dème réactionnel.
Leur utilisation semble présenter un avantage sur la DPO
(plus avec le ligasure®) mais les effectifs des études
sont trop faibles pour être significatifs.
L'hémorroïdopexie ou intervention de Longo date de 1995.
Son concept est tout à fait différent puisqu'il s'agit
d'un "lifting hémorroïdaire" réalisé
avec une pince agrafeuse circulaire. Les hémorroïdes
internes prolabées sont repositionnées dans le canal
anal après résection d'un manchon muqueux de 15 à
20 millimètres de hauteur sur le bas rectum et agrafage au
niveau de la jonction ano-rectale. Cette intervention ne peut complètement
corriger une maladie hémorroïdaire interne et externe
trop avancée, avec prolapsus permanent. Elle convient plus
particulièrement au prolapsus hémorroïdaire interne
réductible et circonférentiel. L'absence de plaie
anale rend cette technique moins douloureuse que l'hémorroïdectomie
tant en post-opératoire immédiat que lors de la défécation.
Cependant, l'hémorroïdopexie peut engendrer des douleurs
différentes à type de tension. Les modifications circulatoires
temporaires sur les hémorroïdes repositionnées
avec gonflement voire thrombose peuvent être source de douleurs
intra-canalaires et de dysurie réflexe. Le remodelage de
la jonction ano-rectale modifie transitoirement la compliance rectale
et la stimulation des barorécepteurs, ce qui pourrait expliquer
les fréquents symptômes d'urgence fécale. Ces
urgences fécales plus ou moins douloureuses régressent
en quelques jours ou semaines. Enfin la DPO se rapproche de celle
d'une hémorroïdectomie si l'on associe un geste d'excision
sur les hémorroïdes externes.
En pratique, le choix de la technique opératoire n'est pas
déterminé par l'intensité de la DPO mais selon
la confrontation des manifestations de la maladie hémorroïdaires
et des données de l'examen clinique. C'est le chirurgien
proctologue qui conseille la meilleure option chirurgicale parfois
même en fonction de l'examen sous anesthésie. La prise
en charge de la DPO sera adaptée au choix opératoire.
POUR UNE MEME TECHNIQUE OPERATOIRE,
LA DPO EST-ELLE VARIABLE SELON LES PATIENTS ?
Il est évident que l'importance du geste
chirurgical est un facteur déterminant de la DPO, mais l'intensité
de cette douleur est très variable selon les individus. En
effet, la DPO est beaucoup plus appréhendée par les
patients dont la maladie hémorroïdaire n'est pas douloureuse
mais responsable d'une gêne locale et de saignements. A l'inverse,
la coexistence d'une fissure anale et d'une maladie hémorroïdaire
doit faire discuter les options thérapeutiques selon le mécanisme
prédominant de la douleur.
La douleur est fortement liée à la tonicité
du sphincter anal et à l'importance du spasme postopératoire.
L'hypertonie sphinctérienne et le spasme sphinctérien
réflexe anal et vésical sont plus forts et plus fréquents
chez l'homme que chez la femme. La sphinctérotomie interne
peropératoire, proposée pour éviter le spasme
douloureux, n'est plus pratiquée en raison du risque de troubles
de la continence anale. Des études sont en cours sur des
médications à visée myorelaxante : agents libérateurs
de monoxide d'azote (trinitrine), inhibiteurs calciques (diltiazem
local ou nifedipine par voie orale) et toxine botulique, qui agissent
de façon locale. Le risque de céphalées limite
en fait l'utilisation des dérivés nitrés. Les
topiques locaux ne sont pas commercialisés en France.
CONSEQUENCES DE L'ANESTHESIE SUR LA
DPO APRES CHIRURGIE HEMORROÏDAIRE.
La chirurgie hémorroïdaire peut
être réalisée sous anesthésie générale,
loco-régionale (rachianesthésie) ou sous anesthésie
locale avec sédation selon les pratiques de chaque équipe.
L'anesthésie locale simple est réservée au
geste d'excision de thrombose en urgence. L'anesthésie générale
est planifiée en fonction de la durée du geste qui
est court mais douloureux. Des opiacés d'action courte (par
exemple le remifentanil) sont donc utilisés pour assurer
une réversibilité rapide tout en évitant la
survenue en postopératoire de complications liées
spécifiquement à l'administration d'opiacés
telles que les nausées, les vomissements et plus spécifiquement
dans le cadre de cette chirurgie, la constipation et la rétention
d'urines. La rachianesthésie assure également une
bonne analgésie notamment en postopératoire immédiat
avant que le bloc ne se lève mais elle a également
l'inconvénient de favoriser la survenue de rétention
d'urines. L'administration d'opiacés en rachianesthésie
doit être absolument évitée car le risque de
rétention d'urines devient alors inacceptable. L'anesthésie
locale avec sédation est peu pratiquée ; elle convient
aux interventions limitées à un ou deux paquets hémorroïdaires,
soit à une hémorroïdopexie, dans le cadre de
la chirurgie ambulatoire.
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QUEL EST L'INTERET DES NOUVELLES TECHNIQUES
D'INFILTRATIONS ANESTHESIQUES DES NERFS PUDENDAUX AU COURS DE LA
CHIRURGIE HEMORROÏDAIRE ?
Outre la prise en charge médicamenteuse
postopératoire codifiée selon les règles de
bonne pratique clinique, établies par la Société
Française d'Anesthésie Réanimation et sur laquelle
nous reviendrons, l'utilisation des techniques d'infiltration des
nerfs pudendaux en peropératoire a amélioré
la qualité des suites opératoires immédiates.
L'intérêt des techniques d'infiltration est bien démontré
par des études rigoureuses depuis le début des années
90. Ces techniques consistent à infiltrer un agent anesthésique
de longue durée d'action, au contact des branches nerveuses
rectales des nerfs pudendaux droits et gauches, ainsi que sur les
branches sensitives périanales postérieures.
L'infiltration est réalisée sur un patient sous anesthésie
légère, avant le geste chirurgical lui-même.
Elle est efficace dans un délai de 20 minutes environ. Elle
contribue à assurer l'analgésie de la région
durant le geste opératoire et dans les heures suivantes.
Le repérage des nerfs est facilité par l'utilisation
d'un stimulateur ; en effet la stimulation du nerf se manifeste
par la contraction du sphincter externe de l'anus. Ce geste effectué
de façon aseptique et après avoir vérifié
par aspiration l'absence de positionnement de l'aiguille dans un
vaisseau, comporte peu de risques. Si l'injection est trop éloignée
du nerf, l'anesthésie peut être incomplète.
Au contraire, une diffusion excessive en avant du sphincter anal,
conduit à une anesthésie de tout le périnée
qui peut contribuer à favoriser la rétention d'urines.
Dans tous les cas cette anesthésie est réversible
en plusieurs heures. L'infiltration permet de diminuer de façon
importante la quantité d'analgésiques administrés
et en particulier le recours aux morphiniques au cours des 24 premières
heures postopératoires, évitant ainsi leurs effets
secondaires décrits précédemment.
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Figure
: Infiltration anesthésique du nerf pudendal gauche dans
la fosse ischio-rectale. |
COMMENT UTILISER LES MEDICAMENTS DE
LA DOULEUR LORS D'UNE CHIRURGIE DES HEMORROÏDES ?
Les Recommandations pour la Pratique Clinique
concernant la chirurgie hémorroïdaire préconisent
l'association d'anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS) (kétoprofène) et du paracetamol de façon
systématique et le recours aux morphiniques si le score d'intensité
douloureuse reste > 5/10.
Les morphiniques sont prescrits à la demande. En postopératoire
immédiat la morphine est administrée soit par voie
sous cutanée soit par voie intraveineuse à l'aide
d'une pompe d'analgésie auto-contrôlée. Son
efficacité est à mettre en balance avec les effets
secondaires déjà cités dont la fréquence
dépend de la dose administrée.
L'intérêt des infiltrations doit encore être
souligné car elles permettent de limiter le recours aux opiacés.
A la levée du bloc on peut utiliser par voie orale la morphine
à libération immédiate (actiskenan®, sevredol®),
ou des morphiniques faibles (dextropropoxyphène - codéine)
ou du tramadol.
PROPOSITION D'UNE STRATEGIE DE PRISE EN CHARGE
DE LA DPO APRES CHIRURGIE HEMORROÏDAIRE
- Avant l'intervention
- Information du patient sur les modalités
chirurgicales et le mode de prise en charge de la DPO.
- Prescription de laxatifs quelques jours avant
- Bien vider la vessie avant le passage au bloc
opératoire
- Débuter éventuellement les AINS
en prémédication
- En salle d'opération
- Réalisation d'une infiltration bilatérale
des branches rectales du nerf pudendal avec l'aide d'un neurostimulateur
chez le patient anesthésié et installé
en position opératoire. Utilisation d'un agent anesthésique
de longue durée (10-15 ml de ropivacaïne 7,5 mg/ml
dans chaque fosse ischiorectale)
- AINS (si non administrés en préopératoire)
et paracetamol intraveineux
- Limiter le remplissage vasculaire
- En postopératoire
- Surveillance de l'EVA pour compléter le traitement
antalgique par des morphiniques si besoin
- Vérifier la reprise d'une miction normale dans les
6 heures. En cas de globe : sondage évacuateur chez
la femme et commencer par la prescription d'alpha bloquants
chez l'homme
- Poursuivre les AINS
- Expliquer l'utilisation des opiacés faibles et du
tramadol à la demande dès la levée du
bloc et lors des premières selles
- Continuer les laxatifs en postopératoire
- Vérifier l'absence de complication locale
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Dr. Béatrice VINSON-BONNET
Mis en ligne en mars 2007
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