| |
SE
FORMER |
S'INFORMER |
AILLEURS |
LABORATOIRE |



|
|
 |
PROCTOLOGIE
PRATIQUE |
 |
FISTULE
ANALE |
|
| |
J. DENIS, R. GANANSIA,
T. PUY-MONTBRUN |
| |
La fistule anale est une affection aiguë ou chronique dont le
point de départ est linfection dune glande dHermann
et Desfosses qui sabouche au niveau des cryptes de la ligne
pectinée. Cette définition, stricte et limitative, exclut
toutes les autres suppurations de la région : sinus pilonidal,
maladie de Verneuil, fissure infectée et la plupart des suppurations
rencontrées lors de la maladie de Crohn.
Linfection part des canaux glandulaires dHerman et Desfosses
et donne un abcès primaire situé dans lespace
inter-sphinctérien. Cet abcès peut alors évoluer
soit vers la récession soit vers lexpansion. Cette expansion
peut rester localisée dans lespace inter-sphinctérien
ou traverser les muscles striés pour venir souvrir à
la peau.
|
| |
Il faut donc distinguer :
un orifice
primaire (ou orifice interne) toujours
présent situé dans le canal anal au niveau de la ligne
pectinée ;
un trajet
qui chemine soit vers la peau en traversant lappareil musculaire,
soit le long de lampoule rectale dans lespace inter-sphinctérien
;
un orifice secondaire externe
en cas douverture à la peau ; plus rarement interne
en cas dabcès inter-sphinctérien souvrant
spontanément dans le rectum.
Il ny a donc pas de fistule « borgne » : il y
a toujours un orifice primaire interne ou alors il sagit dune
suppuration dune autre origine.
|
| |
fig. 1 Linfection part des glandes
dHermann et Desfosses, donne un abcès primaire dans lespace
inter-sphinctérien doù elle peut soit remonter
dans la couche longitudinale, soit traverser le sphincter externe. |
Bactériologie |
|
| |
Il sagit pratiquement toujours de germes
intestinaux. La prédominance dun germe cutané
ne se rencontre que dans les autres suppurations comme le sinus
pilonidal ou la maladie de Verneuil. Quant au bacille de Koch, si
fréquent autrefois, il est devenu exceptionnel en Europe,
mais peut se rencontrer dans des populations à risque (mauvaises
conditions socio-économiques, sida).
|
Classification |
|
| |
Pour bien comprendre les difficultés
rencontrées dans le traitement des fistules anales, il est
indispensable de les classer en fonction de leur rapport avec le
système musculaire et les espaces celluleux.
|
| |
On distingue trois types de trajets :
les fistules trans-sphinctériennes
:
inférieures : elles intéressent moins de la
moitié du faisceau profond du sphincter externe. Ce sont
de très loin les plus fréquentes (53,4 %)* ;
supérieures : elles englobent la plus grande partie
du faisceau profond du sphincter externe et représentent
environ 20,3 % des trajets ;
les fistules supra-sphinctériennes
: elles intéressent tout lappareil
sphinctérien y compris tout ou partie du faisceau pubo-rectal
du releveur. Elles sont rares (15,2 %) même dans un service
spécialisé.
les fistules inter-sphinctériennes
(ou intra-murales ou de lespace dEisenhammer) : elles
se développent exclusivement dans les espaces de glissement
de la couche longitudinale complexe et peuvent remonter très
haut le long du rectum où elles peuvent souvrir secondairement.
Il ny a pas de traversée du sphincter externe. Elles
peuvent avoir des trajets simples, parallèles à laxe
rectal ou être plus compliquées en spirale, en V. Ce
type de trajet se rencontre dans 9 % des cas.
* Pourcentages tirés de lactivité du service
de colo-proctologie de lhôpital Léopold Bellan
pour 1996-1997.
|
| |
fig. 2 Répartition des différents
trajets. |
| |
Sur ces trajets principaux peuvent venir se
greffer des diverticules :
le passage contro-latéral
réalise la fistule en fer à
cheval (9 %). Ce passage se fait habituellement en arrière
par lespace sous-sphinctérien postérieur (70
%). Mais il peut aussi se faire par la couche longitudinale (15
%) et en avant (15 %) au niveau du noyau fibreux central du périnée
;
le diverticule de lespace
inter-sphinctérien réalise
une association fréquente avec les fistules trans-sphinctériennes
supérieures et supra-sphinctériennes ;
lexpansion de la suppuration
dans lespace pelvi-rectal supérieur
est dans notre expérience toujours iatrogène ; elle
peut aboutir à une perforation rectale secondaire réalisant
alors une fistule extra-sphinctérienne stricto sensu.
| Tous ces diverticules
sont dautant plus fréquents que le trajet
principal est plus haut et ils peuvent être associés
entre eux rendant le traitement plus complexe. |
|
|
| |
fig. 3 Fistule en fer à cheval. |
| |
Les fistules doubles
(2 %) ont deux orifices primaires. Les fistules triples ont trois
orifices primaires mais sont exceptionnelles (0,2 %).
Les fistules en Y comportent
un seul orifice primaire : le trajet dabord unique se divise
en deux au niveau du muscle strié pour donner deux traversées
musculaires différentes (0,6 %). Il faut bien les différencier
des fistules en fer à cheval.
Dautres classifications
sont proposées dans la littérature anglo-saxonne :
fistule inter-sphinctérienne haute (dans lespace dEisenhammer),
trans-sphinctérienne (correspondant à une fistule
trans-sphinctérienne supérieure) et supra-sphinctérienne.
|
Manifestations
cliniques |
|
| |
La prévalence des fistules anales est
mal connue. Elle a été évaluée par P.
Sainio à 1.230.000 pour les hommes et 560.000 pour les femmes.
Cette prédominance masculine se retrouve dans notre expérience
avec un sex-ratio homme-femme de 3:1.
|
| |
Phase aiguë ou phase dabcès |
| |
Le tableau clinique
Le tableau clinique est dominé par la
douleur initialement modérée
puis de plus en plus vive. Elle continue non rythmée par
la selle (ce qui la distingue de la douleur fissuraire) et peut
entraîner linsomnie. Elle peut saccompagner dirradiation
périnéo-génitale, dempreintes, de dysurie
et même de rétention urinaire.
Le syndrome infectieux associé
est très variable, souvent peu important.
Lexamen de la marge anale
Parfois, labcès est évident
: masse rouge, tendue, luisante, plus ou moins importante, effaçant
les plis radiés de lanus. Il peut être sur le
point de se rompre ou déjà perforé laissant
sourdre une goutte de pus.
Parfois, la région semble normale en cas dabcès
profondément situé dans la fosse ischio-rectale ou
dans lespace inter-sphinctérien et cest la palpation
qui permet de découvrir une tension anormale et douloureuse
des tissus.
Cet abcès peut siéger au niveau de la marge évoquant
plutôt un trajet superficiel ou beaucoup plus à distance
en pleine fesse évoquant alors un trajet plus profond. Il
peut être unilatéral ou diffuser du côté
opposé réalisant un abcès en fer à cheval.
Il peut enfin survenir sur une cicatrice témoin dinterventions
antérieures.
Il existe très souvent une béance anale en cas dabcès
inter-sphinctérien et le déplissement de la marge
anale peut permettre lécoulement de pus par lorifice
primaire.
Le toucher anal
Il peut percevoir l'orifice interne : point
exquisément douloureux avec une petite granulation ou une
dépression.
Le toucher anal
Le toucher rectal cherche une infiltration profonde,
un bombement douloureux témoin dune suppuration de
lespace inter-sphinctérien.
Lendoscopie
Elle est rarement possible en raison de la douleur
mais elle éliminera au besoin une lésion associée
et permet parfois de visualiser lorifice primaire, sil
existe à ce niveau une sécrétion purulente.
|
| |
fig. 4a Abcès de la marge anale. |
| |
fig. 4b La pression
du doigt sur labcès fait sourdre une goutte de pus par
lorifice primaire. |
| |
Phase chronique ou phase de fistule |
| |
Elle peut succéder à une phase
dabcès évacué spontanément ou
chirurgicalement ou sinstaller demblée.
Linspection
Elle découvre facilement lorifice
externe (ou orifice secondaire) situé en peau saine ou dans
une cicatrice par où sécoule un peu de pus ou
de sérosité. Il peut exister plusieurs orifices externes
dun seul côté correspondant habituellement à
un seul orifice interne. Quand ils sont situés de part et
dautre de la ligne médiane, ils correspondent habituellement
à une fistule en fer à cheval, les fistules doubles
ou triples étant peu fréquentes.
La palpation
Elle permet parfois de sentir sous la peau un
trajet superficiel filant vers lanus et orientant vers le
siège de lorifice cryptique. En cas de trajet profond,
on apprécie simplement linduration de la fosse ischio-rectale.
La découverte de lorifice primaire
Il est plus souvent situé au pôle
postérieur (75 %) puis au pôle antérieur (23
%), il est exceptionnellement latéral (2 %).
La loi de Goodsall veut que les orifices secondaires antérieurs
correspondent toujours à un trajet direct avec un orifice
primaire en regard et que les orifices externes postérieurs
correspondent toujours à un trajet incurvé aboutissant
à un orifice primaire postérieur.
Sa découverte est mise en échec dans environ 20 %
des cas, les orifices externes antérieurs pouvant correspondre
également à un trajet arciforme vers le pôle
antérieur ou postérieur.
Parfois lorifice est évident sil est large
et perméable. Souvent il est plus difficile à percevoir
: simple dépression bordée ou non dune granulation.
Il siège au niveau dune crypte donc très bas
situé.
Perçu au toucher anal
et non rectal : lerreur est de
le chercher toujours trop haut, au niveau de la paroi rectale.
Linjection dair
par lorifice externe : lair
vient buter en fines bulles sur la pulpe de lindex intra-canalaire.
|
| |
fig. 5 Orifice externe en peau saine. |
| |
fig. 6 Orifice interne. |
| |
fig. 7 Répartition
des orifices primaires. |
| |
Les techniques dimagerie médicale
Elles peuvent aider à la découverte
de lorifice primaire et permettent de se faire une idée
de la complexité de la fistule en repérant ses trajets
et ses diverticules donc davoir une idée de la difficulté
du traitement.
la fistulographie lipiodolée est la plus ancienne
technique. Elle est actuellement peu utilisée ;
léchographie endo-anale avec une sonde rotative,
visualise bien les abcès et la traversée sphinctérienne
des trajets mais rarement lorifice primaire. Elle peut être
utile dans la mise en évidence des extensions en particulier
contro-latérales. Les résultats peuvent être
améliorés par lutilisation dH2O2 ou dune
sonde longitudinale ;
le scanner na pas dintérêt dans
les fistules anales.
lIRM est peu utilisée en particulier en raison
de son coût et de la durée de lexamen (45 à
60 mn). Lutilisation dantennes endo-cavitaires permet
de mieux apprécier les trajets, les expansions et un peu
moins bien lorifice primaire ;
la reconstitution en 3 D aiderait à une meilleure
visualisation des trajets.
La manométrie
Elle est utile dans les fistules complexes ou
chez des malades ayant des antécédents de chirurgie
proctologique ou de traumatismes obstétricaux pour lévaluation
du risque sur la continence.
| Aucune de ces
techniques ne remplace lexpérience de lopérateur. |
|
Lensemble de ces examens permet de distinguer
:
des fistules relativement simples
dont le trajet et lorifice interne sont facilement repérés,
la traversée musculaire relativement basse et qui nont
pas de diverticules importants ni de gros remaniements architecturaux
liés à des interventions antérieures ;
des fistules plus complexes
:
soit par leur nature propre : traversée musculaire
très haute, fistule en fer à cheval complète
ou ébauchée, diverticules plus ou moins ramifiés
;
soit par de profondes modifications anatomiques et architecturales
liées à des interventions antérieures destructrices
;
des fistules réellement
compliquées par la combinaison de multiples facteurs
et qui nécessitent une grande expérience pour en
entreprendre le traitement.
|
| |
Ce sont toutes les autres suppurations dont
lorigine nest pas au niveau dune glande dHermann
et Desfosses (voir classification des suppurations) : sinus pidonidal,
maladie de Verneuil, glandes sous-pectinéales, fissures infectées,
cancer à forme fistuleuse, lésions suppurées
de la maladie de Crohn, fistules recto-vaginales...
|
Traitement |
|
| |
Que ce soit en phase dabcès ou
en phase de suppuration chronique, le traitement est exclusivement
chirurgical :
lantibiothérapie
à visée curative est inefficace ; elle peut parfois
freiner momentanément lévolution, mais elle
peut aussi favoriser lextension torpide ;
linjection intra-fistuleuse
de substances modificatrices semble illusoire ; lutilisation
de colle biologique est toujours au stade expérimental.
Le traitement reste chirurgical
et a deux impératifs :
tarir la suppuration et éviter la récidive
en traitant lorifice primaire ;
respecter la fonction de continence liée à
la fois à lélément musculaire et à
larchitecture global de lanus. Ceci entraîne
surtout dans les fistules hautes ou complexes, une segmentation
des temps opératoires. On utilise classiquement la fistulectomie
(ce qui permet un examen anatomo-pathologique du trajet) ou la
fistulotomie. Mais il existe également des techniques dites
de « préservation sphinctérienne » suture
de lorifice primaire et lambeau davancement.
Il faut donc dans tous les cas repérer lorifice primaire
et le trajet :
le repérage de lorifice primaire se fait par
lexamen clinique, linjection dair et de substances
colorées (bleu de méthylène) par lorifice
externe, la traction sur le trajet en per-opératoire qui
invagine la crypte responsable ;
le repérage du trajet se fait également par
linjection de bleu de méthylène par lorifice
externe, le cathétérisme à partir de lorifice
primaire. Mais seule la dissection permet dapprécier
la hauteur exacte de la traversée musculaire. Le cathétérisme
à partir de lorifice externe doit être très
prudent pour ne pas faire un faux trajet.
|
| |
fig. 8 Orifice externe
pré-vulvaire et injection de bleu de méthylène
visualisant le trajet et lorifice primaire. |
| |
Il faut opérer le plus rapidement possible
: « Un abcès est toujours trop mûr ». Si
labcès est bien collecté et relativement superficiel,
il faut linciser sous anesthésie locale pour évacuer
le pus.
Si labcès est profond, il faut intervenir sous anesthésie
générale ou loco-régionale pour assurer une
ouverture large et correcte. Si lorifice primaire peut être
repéré facilement, on pourra (si lon possède
lexpérience suffisante) entreprendre le traitement
de la fistule dans le même temps opératoire ; sinon,
il est préférable de sen tenir au drainage simple
plutôt que de créer un faux trajet. Le résultat
à distance du simple drainage est diversement apprécié,
le taux de récidive allant de 13 à 65 % à un
an. Il faut toujours prévenir le patient du risque de récidive.
Le cas particulier de la gangrène
gazeuse : elle réalise une urgence
vitale nécessitant lexcision de la totalité
des zones pathologiques, des prélèvements bactériologiques,
une colostomie et le transfert dans une unité spécialisée.
|
| |
Le traitement est fonction de limportance
de la masse musculaire intéressée par la fistule.
Les fistules trans-sphinctériennes inférieures
Elles sont mises à plat en un temps soit
par fistulotomie, soit mieux par fistulectomie emportant tout le
trajet fistuleux jusquau plan musculaire puis par fistulotomie.
Le taux de récidive est faible (1 à 6%) et il ny
a pratiquement pas de troubles de la continence.
Les fistules trans-sphinctériennes
supérieures et supra-sphinctériennes
Elles sont opérées en deux temps
en raison de limportance du sphincter intéressé
par le trajet fistuleux :
premier temps
: il consiste dans lexérèse du trajet fistuleux
jusquau plan sphinctérien et dans la mise en place
dune anse de drainage souple de caoutchouc sur le sphincter.
Ce séton marque le trajet dans la traversée musculaire
et draine la suppuration. Il stimule une réaction fibreuse
du muscle et permettra une éventuelle section directe.
Dans ce premier temps, nous pratiquons le plus souvent la section
de la partie haute de lappareil musculaire, ce qui abaisse
le trajet sans trop modifier larchitecture globale de lanus
ouvre et draine lespace inter-sphinctérien.
deuxième temps
: il est pratiqué après cicatrisation de bonne qualité
(environ deux à trois mois). Deux attitudes sont possibles
:
la plus classique est la mise en place dune traction
élastique progressive : après avoir enlevé
la zone sensible cutanéo-muqueuse, on serre un fil de caoutchouc
autour du sphincter externe ; cette traction sera resserrée
tous les huit à dix jours jusquà section complète
du muscle, ce qui demande de trois à cinq tractions ;
sur des malades bien étudiés, avec une cicatrisation
ayant respecté larchitecture de la région, on
peut sectionner directement le trajet au bistouri électrique.
Avec cette technique et dans notre expérience, le taux de
récidive est faible (2 %) et les troubles de la continence
observés dans 11 % des cas restent le plus souvent mineurs.
|
| |
fig. 9 Fistule trans-sphinctérienne
inférieure : section du trajet en un temps. |
| |
Les fistules inter-sphinctériennes isolées
Elles sont mises à plat vers lintérieur
de lampoule rectale par section au bistouri électrique
de la muqueuse, de la couche circulaire et de la partie de la couche
longitudinale intéressée. La récidive est faible
(1,75%) et la continence reste inchangée.
|
| |
fig.10a Fistule supra-sphinctérienne
: 1er temps opératoire : a) dissection du trajet jusquau
muscle et mise en place dune anse de drainage souple, b) section
de la partie haute du muscle pour abaisser le trajet. |
| |
fig.10b Fistule supra-sphinctérienne
(2ème temps). |
| |
fig. 11 Échographie
endorectale montrant lexistence dun abcès inter-sphinctérien
et une destruction du sphincter interne postéro-gauche. |
| |
fig. 12 Fistule inter-sphinctérienne
: schéma du traitement. |
| |
Les fistules en fer à cheval
Les fistules en fer à cheval sont opérées
en trois temps :
premier temps :
drainage du trajet principal et de la communication entre les deux
fosses ischio-rectales par des fils de caoutchouc posés en
séton sans aucune traction ;
deuxième temps :
suppression de la communication entre les deux fosses ischio-rectales
;
troisième temps
: mise à plat du trajet principal par section directe ou
traction progressive.
Parfois deux de ces temps peuvent être réunis en un
seul.
|
| |
fig. 13 Fistule en
fer à cheval : les trajets sont drainés par des fils
de caoutchouc souples sans traction. |
Diverticules |
|
| |
Les éventuels diverticules sont
traités lors du premier temps opératoire.
Le diverticule inter-sphinctérien est mis à plat vers
lintérieur de lampoule rectale en cas de fistule
basse. Par contre, lorsquil est associé à une
fistule haute, il est pratiquement toujours situé dans la
partie la plus externe du muscle longitudinal complexe et il est
alors mis à plat vers la fosse ischio-rectale lors de la
section de la partie haute du muscle strié.
Certaines fistules complexes échappent
à toute systématisation et nécessitent une
énorme expérience de la chirurgie proctologique.
|
Les
soins post-opératoires |
|
| |
Ils représentent une partie importante
du traitement :
antibiothérapie aérobie et anaérobie
péri-opératoire ;
si une mèche iodoformée a été
mise en place lors de lintervention, elle est enlevée
vers le troisième-quatrième jour ;
la plaie est nettoyée deux fois par jour par une solution
antiseptique et éventuellement recouverte de Bétadine
tulle® ;
le malade est revu tous les huit-dix jours jusquà
cicatrisation complète.
|
Les
complications |
|
| |
Lhémorragie post-opératoire
se voit surtout dans les fistules profondes (1,2 %).
La continence aux gaz et aux selles liquides peut être modifiée
surtout dans les fistules trans-sphinctériennes supérieures
et supra-sphinctériennes (11 %).
Un prolapsus muqueux sur la cicatrice peut se produire dans 6 %
des cas surtout dans les fistules hautes.
La récidive est rare ; si le traitement est correct elle
ne doit pas dépasser 2 % même dans les fistules complexes.
|
Techniques
dites de « préservation sphinctérienne » |
|
| |
Elles ont été développées
en raison de la menace de troubles de la continence lors de la section
dune partie importante des sphincters dans les fistules hautes.
|
| |
Technique de Parks et Stitz |
| |
Le trajet est disséqué
jusquau muscle dont la partie basse est sectionnée,
un drainage en séton est placé sur la partie haute
du muscle. Au bout de trois mois le séton est retiré
et sil
persiste une suppuration le muscle est alors sectionné.
|
| |
Technique de suture de lorifice primaire |
| |
Le trajet est excisé jusquau
sphincter externe et lorifice primaire simplement suturé.
|
| |
Technique du lambeau davancement |
| |
Là encore, le trajet est enlevé
jusquau sphincter externe (ou simplement cureté) ;
lorifice interne est excisé avec section partielle
du sphincter interne, la couche longitudinale éventuellement
nettoyée et un lambeau muco-musculaire est abaissé
en rideau sur lorifice primaire. Cette technique, très
en vogue dans les pays anglo-saxons, donne cependant un taux de
récidive allant jusquà 16 % et des troubles
de la continence pour les gaz (0 à 10 %), les selles liquides
(0 à 7 %) et un suintement résiduel de 8 %.
|
| |
Technique de séton prolongé |
| |
Ici le séton est laissé
en place pendant plusieurs mois (de 9 à 18) puis retiré.
Dans 40 % des cas, la fistule nest plus productive ; dans
le cas contraire, elle est alors opérée par les techniques
classiques. Mais il y a un manque important de recul pour juger
de la validité de cette technique. Une technique utilisant
le séton prolongé imbibé dune solution
dherbes yaruvédique a été proposée
en Inde.
|
Cas
particuliers |
|
| |
Chez
la femme, il faut être très
prudent dans les fistules antérieures surtout sil existe
des antécédents de traumatisme obstétrical
: il faudra souvent utiliser une technique en deux temps avec traction
progressive.
Les fistules doubles seront
toujours traitées en deux temps.
En cas de sida il
faut toujours faire des études bactériologiques et
être très prudent dans la section sphinctérienne.
Peut-on dégager
des facteurs prédictifs de la récidive ?
La méconnaissance du véritable orifice primaire
est certainement la cause la plus fréquente avec la méconnaissance
dun diverticule, le caractère complexe de la fistule.
Lexpérience de léquipe chirurgicale
qui prend en charge le patient sont également des éléments
très importants.
|
Conclusion |
|
| |
Une fistule anale est liée à
linfection dune glande dHermann et Desfosses.
Son traitement toujours chirurgical, est fonction des rapports du
trajet fistuleux avec les muscles sphinctériens.
Bien que cette chirurgie ne soit pas difficile dans limmense
majorité des cas, on peut encore citer la phrase célèbre
de Lockhart-Mummery : « La réputation de nombreux chirurgiens
a été beaucoup plus entachée par des interventions
sur des fistules anales que par des laparotomies. Les mauvais résultats
dune laparotomie sont facilement ensevelis sous les fleurs
tandis que les fistules se promènent exhibant sans cesse
les résultats malheureux de leur traitement ».
|
| |
Denis J, Dubois N, Puy-Montbrun T, Ganansia
R, Lemarchand N. Une classification des fistules anales. Ann Gastroenterol
Hepatol 1983 ; 19 : 393-397.
Denis J, Dubois N, Ganansia R, Puy-Montbrun Th, Lemarchand N. Les
fistules anales supra-sphinctériennes. Ann Gastroenterol
Hepatol 1983 ; 19 : 399-404.
Denis J, Ganansia R, Arnous-Dubois N, Puy-Montbrun Th, Lemarchand
N. Les abcès intra-muraux du rectum. Presse Med 1983 ; 12
: 1285-1289.
Garcia-Aguilar J, Bemonte C, Wong Wd, Goldberg S, Madoff R. Anal
fistula surgery : factor associated with recurrence and incontinence.
Dis Colon Rectum 1996 ; 39 : 723-729.
Grace R. The management of acute anorectal sepsis. Ann R Coll Surg
Engl 1990 ; 72 : 160-162.
Kreis M, Jehle E, Ohlemann M, Becker H, Starlinger M. Functional
results after transanal rectal advancement flap repair of transsphincteric
fistula. Br J Surg 1998 ; 85 : 240-242.
Mc Courtney J, Finlay J. Setons in the surgical management of fistula
in ano. Br J Surg 1995 ; 82 : 448-452.
Parks A, Gordon Ph, Hardcastle J. A classification of fistula in
ano. Br J Surg 1976 ; 63 : 1-12.
Parks A, Stiz R. The treatment of high fistula in ano. Dis Colon
Rectum 1976 ; 19 : 487-499.
Puy-Montbrun Th. Traitement des fistules anales. Gastroentérol
clin Biol 1998 ; 22 : B142-B147.
Sainio P. Fistula in ano in a defined population Incidence
and epidemiological aspects. Ann Clin Gynaecol 1984 ; 73 : 219-224.
Seow-Choen F, Leong A, Goh H. Results of a policy of selective immediate
fistulotomy for primary anal abscess. Aust NZ J Surg 1993 ; 63 :
485-489.
|
|